De l’infobésité et de ses ravages

Il y a quelques jours j’expliquais à une amie à quel point mon iPhone avait modifié mon rapport à la photographie.

Quand j’ai commencé à shooter le monde qui m’entourait, en 2005, j’avais déjà le goût du snapshot, de l’instantané. Sauf qu’à l’époque, il fallait attendre le soir, rentrer, dérusher, publier… Petit à petit, mes compacts ont trouvé leurs limites techniques, je suis passée à un bridge, puis à un reflex entrée de gamme, puis à un reflex amateur, puis à un reflex expert. Sauf qu’au fur et à mesure que mon boîtier grossissait, le nombre de mes snapshots diminuaient. Essayez de vous trimballer 2kg de matos tous les jours, quand vous devez déjà transporter un ordi, un sac à main, parfois une valise… J’ai bien acheté un compact de bonne facture, mais j’ai aussi, à la même époque, eu la chance d’avoir un smartphone avec un appareil photo, modeste certes mais tellement pratique.

Puis c’est l’iPhone qui est entré dans ma vie. Avec son capteur de bonne facture (non, ça ne vaut pas un reflex, je sais bien), ses applications de retouche et surtout, surtout, sa 3G qui permet de partager sur le moment une image qui n’a que peu de valeur esthétique mais qui reflète bien d’un « moment », d’une émotion. Le genre de photo qu’un reflex pourrait faire 1000 fois mieux mais qui, s’il fallait attendre le soir pour les partager, perdrait une grande partie de son intérêt.

C’est en poussant cette réflexion un peu plus avant que je me suis rendue compte du parallèle avec ma (notre ?) façon de consommer l’information.

Aujourd’hui, la plupart des acteurs du web (j’avais écrit « blogueurs » mais ils ne sont pas les seuls à produire et diffuser du contenu) sont surtout devenus des curateurs. Ils font un cliché instantané d’une information, y appliquent rapidement le filtre de leur vision/expérience/réputation et la rebalancent en ligne. Et nous nous empressons de liker, de partager à nouveau, sans vraiment nous interroger sur la pertinence de l’information, nous fiant à la confiance que nous faisons à l’émetteur, ne survolant que les premières lignes de l’article.

Aujourd’hui l’information s’hyperconsomme, tout comme l’image, et nous sommes devenus fainéants… Je ne crache pas dans la soupe, je participe au mouvement. Il reste (et c’est heureux), de nombreux professionnels qui produisent de l’information pertinente, qui poussent leur analyse, qui fournissent à la communauté des supports à la réflexion… Mais il y a tellement de « bruit » autour que ç’en est assourdissant.

Combien d’articles ont été publiés sur Pinterest en France ces 4 dernières semaines ? A part les 5-6 premières analyses, combien ont apporté un nouveau regard, une information inédite ? Chaque semaine a son « buzzword » sur lequel se rue la blogosphère, pour surtout ne pas louper une occasion de parler d’un « trending topic » et de voir augmenter son Klout (à ce sujet, je vous invite à lire l’excellent article de Naro sur les 9 étapes pour dépasser un score de 75 sur Klout).

Il faut bien le dire, de la même manière qu’Instagram ne contribue pas à l’amélioration de la qualité de l’image, en masquant tout au plus les défauts techniques, ce mode de création et de partage de l’information, dans l’urgence, dans l’instantanéïté, ne contribue pas à élever le niveau.

Perso, je crois que je vais ressortir mon reflex. Ca ne veut pas dire abandonner le snapshot, mais tâcher en parallèle de prendre aussi des photos qui « durent », plus recherchées, plus techniques, plus difficiles.

Et pour l’information, on fait quoi ? ;)